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מאמרים
































Jeunesse dans la tourmente – Arieh Azoulay
Quand la nostalgie se fait rigueur historique

Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, le judaïsme marocain semblait installé sur de solides assises, prêt à un take-off, économique et culturel, remarquable au même titre que les judaïsmes anglo-saxons, échappés à la monstruosité nazie. Les écoles de l'Alliance se multipliaient, les élèves juifs dans les lycées locaux crées par la France se distinguaient, des lots, chaque année plus nombreux, d'ingénieurs, avocats, comptables et expert-comptable, médecins, pharmaciens, dentistes et universitaires en tout genre terminaient des études brillantes dans les grandes écoles françaises ou dans des instituts de formation de haut prestige.
La jeunesse juive était intensément active, dans ce monde nouveau qui s'ouvrait à elle, le monde de l'Europe. Il est entendu, qu'à l'époque, l'impact d'Israël sur le monde juif était encore limité et n'avait que peu d'influence sur cette jeunesse avide d'idées, de projets et curiosités. Se rapprocher de l'Europe signifiait alors se détacher des traditions, se couper du mode de vie juive des générations passées, s'ignorer au judaïsme. La communauté s'organisait, pleine de vie, d'espoirs et d'assurance pour s'en aller à la conquête de mondes nouveaux.
En moins de vingt ans, si peu, cette communauté sembla disparaître totalement en ne laissant derrière elle que de vagues traces culturelles, quelques rares souvenirs et beaucoup de nostalgie. Un monde s'écroulait et même ses débris ne semblaient intéresser quiconque. L'héritage culturel de deux millénaires de judaïsme maghrébins semblait effacé sans retour. Une génération entière, morte ou vacillante, continuait sa course vers un avenir indifférente à son passé, avec ses misères et ses gloires.
Peu de travaux sérieux se sont penchés sur la judéité marocaine. En Israël, comme en Gola francophone ou autre, tout ce qui avait trait au judaïsme marocain touchait au tabou, soit qu'on ait eu honte de son identité soit qu'on avait honte de l'avoir rejetée. Quarante ans sont passées sans que de solides assises fussent établies, dans le monde de la recherche, à mêmes d'être à la hauteur de deux mille ans de péripéties juives au Maghreb.
C'est avec cette époque de désintégration communautaire que le livre, modeste mais riche de connaissances et d'émotions discrètes d'Arieh Azoulay essaie de se mesurer. Que s'est-il passé pour qu'en une demi-génération, une gomme saisie par une main invisible, réussisse sans trop d'efforts à effacer une civilisation entière?
Arieh a choisi de centrer sa recherche sur la jeunesse juive des années 50, prise dans un tourbillon d'activisme et de volontariat. Son travail exemplaire, essaie à l'aide d'une écriture qui se veut neutre émotionnellement de recueillir des faits, de les associer et de les imbriquer les uns avec les autres pour en sortir une description cohérente, (cohérence toujours sujette à caution en histoire), en un mot, choisir des jugements de faits non des jugements de valeur. Arieh laisse ceux-ci au lecteur. L'éventail des prises de position que peut avoir le lecteur peut comprendre soit le respect le plus ferme, quant à l'œuvre et au travail entrepris par les jeunes en mouvement, soit une indifférence marquée, soit un mépris hautain d'intellectuel qui ne peut saisir en quoi quelques cafouillages des jeunes de l'époque ont pu avoir une influence ou un impact sur les destinées des communautés juives du Maroc.
Arieh rappelle dans son ouvrage l'attitude de ceux pour qui les phénomènes historiques sont le fait d'"une nécessité historique objective". C'est un fait que l'écriture historique n'est qu'une tentative de reflet de ce qui est passé et qui ne peut être autre. Souvent donc, le chercheur-historien collectionne les causes des phénomènes jusqu'à en faire une presque nécessité. A l'encontre, les acteurs de l'histoire, ceux qui ont un impact direct sur les sujets en histoire, ont, eux, la ferme conviction que leur action est toute entière vissée à un monde de contingences qui ne se révèlent qu'à la suite de décisions collectives et souvent personnelles et qui, elles, infléchissent le déroulement historique dans une multiplicité de directions et ne sont l'œuvre d'aucune nécessité.
Arieh Azoulay appartient aux deux mondes à celui de l'action (Arieh a été le pivot central d'un mouvement de jeunesse sioniste dans les années 50) et celui de l'historien. Son écriture qui se veut neutre, est comme toute écriture en histoire une interprétation et son interprétation est convaincante et émouvante à la fois. Sa description des deux grands courants d'action et de volontariat, proposés à la jeunesse juive marocaine de l'époque, le courant communautaire et le courant sioniste, est pour ceux qui ont vécu cette période, comme une réminiscence de Shir Hashirim: ומעי המו עליו, un texte qui vous prend aux tripes. Les deux courants avaient et ont eu leur place au Maroc. La communauté avait plus d'une corde à son arc. Fallait-il mettre tous les œufs dans un même plat?
Le courant communautaire a entraîné les élites de la jeunesse marocaine vers la France et le Canada et par là, a permis à une grande couche de population d'éviter les misères de la prolétarisation des juifs originaires du Maroc en Israël. Le courant sioniste est lui, le courant vainqueur au cœur du monde juif. Cela n'était pas clair dans les années 50, du siècle dernier. Aujourd'hui l'identité juive passe, presque nécessairement, par Israël. Les jeunes des mouvements de jeunesse sionistes au Maroc ont choisi d'être dans le "courant de l'histoire" (sic). Je prétends pour ma part que leur influence n'a pas été de peu de poids dans les destinées du judaïsme marocain.
Deux des aspects des mouvements de jeunesse sionistes me poussent à avancer cette thèse. L'un est leur presque totale autonomie d'action au Maroc. Les envoyés-émissaires venus d'Israël, en très petite quantité rappelons-le, ont été un poids-plume dans les grands mouvements de population des juifs du Maroc, et ce du village le plus reculé de l'Atlas jusqu'aux habitants des quartiers réservés des grandes métropoles (eux aussi ont souvent été pris par l'action). Mis à part la logistique des transports, l'ensemble de l'action sioniste, éducative, organisationnelle, humaine et autre, a été le fait de quelques centaines de jeunes qui, de facto, ont été les clefs de contact des exodes et des convois qui vidaient le Maroc de ses juifs. Cette saga que nous connaissons à peine, Arieh nous en donne un avant-goût dans son précieux livre.
Le second aspect que je voudrais relever a été la "rigidité idéologique" de ces jeunes. Une fois dans l'action, doutes et contingences n'avaient plus cours. Etre sûr de son fait, s'y maintenir, avoir l'enthousiasme et le courage d'entraîner voisins, amis et famille dans l'aventure sioniste tout cela rejoignait la grande tradition juive de "עם קשה עורף", un peuple à la nuque raide. Cette qualité humaine d'être des défricheurs, des éclaireurs qui dégagent les chemins et nettoient les ornières, d'être de ceux qui ont saisi le grand moment de l'histoire et qui s'y engagent, a eu une portée aussi importante que l'ensemble "des causes extérieures". Ils ont été les נחשונים de l'exode juif du Maroc.
Demandez à un de ces jeunes, aujourd'hui bien vieux, lequel de ses souvenirs est le plus palpitant. Immanquablement ils rappelleront cette brève décade qui, bien que peu connue et parfois oubliée, reste la "décade héroïque" par excellence de leur jeunesse si ce n'est de leur vie.
C'est un livre simple que le livre d'Arieh Azoulay, écrit avec beaucoup de soin et qui j'espère va encourager bien d'autres à entreprendre des recherches sur ce judaïsme marocain qui se redécouvre et trouve en lui l'audace de s'aimer.
J'eu aimé, pour ma part, que le livre mit en exergue, quelques pages sur les communautés et leur mode de vie et surtout, quelques mots sur les causes de l'extrême misère, voire déchéance, au cœur desquelles vivaient ces communautés. Sur un autre plan, un travail de recherche est nécessaire sur le phénomène de prolétarisation (forcé) des émigrants juifs venus du Maroc et de son complément idéologique (l'agrégat de concepts qui viennent justifier la hiérarchisation économique, sociale et culturelle d'une société). On ne prolétarise pas des masses sans leur nier une partie de leur droits et surtout sans porter atteinte à leur dignité humaine.
J'ai ouvert ce livre et malgré la volonté austère si ce n'est stoïque de l'auteur de ne ramener que des jugements de fait, j'y ai trouvé un grand souffle. חיפש אתונות מצא מלוכה. Shaoul qui cherchait les ânesses de son père trouva un royaume. Un beau travail, écrit originellement en hébreu et traduit avec beaucoup d'élégance et de doigté par Joseph Tolédano.
Un bon indicateur aussi pour ceux qui discrètement marmonnent "où suis-je, où vais-je"?

Rapha Ben Chochan






























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